Le rêve est comme un rébus
 

Un message vaut dans un contexte. Lorsque j'entends au loin, comme c'est courant chez nous en bordure de campagne, une détonation, selon que l'on soit en Octobre ou mi-juillet je me dirai : "Tiens les chasseurs ont repris du poil de la pauvre bête" ou alors "Ils vont encore me faire hurler quand ils auront saccagé ma boîte aux lettres, j'en aurai mal à la gorge et ce sera la prise de la pastille !". Ici le contexte nous est partagé et commun, parfois il est plus restreint et demande à être apprécié pour son impact. Le rêve nécessite usuellement d'être jaugé dans son contexte que le rêveur vous spécifiera (presque) toujours d'une façon ou d'une autre. Plus rarement ce sera à vous d'imaginer ce contexte, comme dans l'exemple qui suit.

Rêve posté sur Internet un 2 janvier, le contexte non précisé sera déduit par supputation :
  --
" Je me suis réveillé, et on m'a dit que j'avais dormi deux mois et demi (je pense que j'étais dans le coma) mais je ne me rappelais de rien du tout. J'étais incapable de dire ce qu'il s'était passé avant . . .
  --" Un étudiant qui n'aurait rien glandé pendant le premier trimestre pourrait très bien faire ce genre de rêve ;-) répondis-je.
   --
" Bah le truc c'est que justement ça fait cinq mois que je ne fais plus rien, ni cours, ni travail . . . et ça m'angoisse un peu aussi je pense."
Rien de miraculeux dans cette traduction : une bonne dose d'expérience, l'utilisation de l'analogie et un soupçon de réussite car rien ne nous indiquait formellement à quoi s'appliquait ce rêve. On remarquera tous qu'il s'agit d'un réveil, de la fin d'une période entre parenthèses. J'avais déjà vu quelques années auparavant dans un autre rêve que le laisser aller pouvait se traduire sous forme de coma ; au passage ceci montre que nous fonctionnons sensiblement selon le même mode. Le contexte était soupçonnable de par ces " deux mois et demi", mention qui, si elle figurait là avait forcément une importance. Deux mois plus tôt, ceci nous renvoyait à la rentrée, d'où on pouvait s'interroger préférentiellement sur un étudiant libre de bosser ou non. Sa réponse nous renvoie aux derniers jours de ses études, l'an passé.

Les hiéroglyphes nous fournissent un exemple probant d'illustrations ou d'images mystérieuses qui sont en fait une forme d'écriture pouvant se traduire en un message. Quelque chose de sensé qui est issu du cerveau de l'homme peut être compris par l'homme. Croyez bien que le rêve est très sensé, à tel point que l'on peut dire que l'on est plus intelligent lorsque l'on dort

Certaines images sont évidentes d'emblée, d'autres doivent être enseignées pour être comprises. Lorsqu'un chien montre les crocs vous comprenez aisément ses motivations à l'égard de vos abattis, tandis que certains nouveaux panneaux de signalisation routière vous laissent bien perplexe. Lors de ma première conférence sur le rêve je m'étais armé d'un tableau sur lequel j'avais tracé ceci                   qui est une burette d'huile Cette image devait prouver que nous comprenions tous qu'il s'agissait là d'un avertissement quand il apparaissait illuminé en rouge sur le tableau de bord de notre voiture (voiture qui nous personnifie, ou représente fréquemment notre conduite). Je la testais sur mon épouse qui identifia une théière : ma démonstration s'annonçait bigrement probante !

En effet un rêve est essentiellement composé d'images qui se trouvent là parce qu'elles représentent quelque chose ou quelqu'un. Les jungiens y voient systématiquement une part de nous-même ; c’est invraisemblable.
Certaines de ces images sont universelles - le chien représente habituellement la fidélité - d'autres sont plus personnelles . . . mais encore faut-il en retrouver le pourquoi de leur mention par le rêve. Ces images sont mises en situation, au sein d'une action bizarroïde par exemple, il sera alors plus compliqué de la reconnaître pour ce qu'elle vaut. Mais en réalité c'est comme pour le rébus, si l'on pouvait sauter directement à la dernière page de la revue ou du magazine, celle où sont révélées les solutions, on se dirait alors : "Bien sûr, que je suis bête ! C'est pourtant évident"