Vous pouvez vous dire que le rêve est votre meilleur ami, ce qui est rigoureusement vrai . . . mais ce qui serait trop automatiquement flatteur. Il est bon de se souvenir que notre meilleur ami, et précisément parce qu'il est notre meilleur ami, a la possibilité de nous encourager certes, mais aussi le droit, mais en vérité le droit ET le devoir de nous critiquer lorsque nous faisons fausse route. En ce sens il jouera toujours ce rôle équilibrant que certains ont cru lui reconnaître, quoi qu'abusivement à titre constant, quoi qu'il advienne, quoi que l'on fasse, sans que la notion du bon sens intervienne. Il convient de remarquer que si le rêve nous rehausse c'est uniquement quand nous sommes au plus mal, tandis qu'il nous tempère quand nous faisons une mauvaise appréciation d'une situation et que nous réagissons mal. De fait la quasi majorité des rêves traite de nos erreurs.

De façon tout à fait neutre on peut dire que la nuit porte
conseil lorsque l'on doit
résoudre une difficulté.

On devrait
subsé-
-quemment
préciser
que l'on
n'est pas
toujours
disposé
au mieux pour vouloir solutionner une difficulté…et que nous même pouvons être la source de diverses difficultés pour les autres ou pour les choses que nous avons en charge. Si nous les négligeons par exemple.

Si notre libre arbitre nous autorise à piloter constamment en dérapage plus ou moins contrôlé, par contre une instance, que les anciens ont sagement reconnu comme la bonne ou la mauvaise conscience, très familière du bon sens, relève tous ces écarts de conduite durant notre parcours journalier.

Rassurez-vous le rêve sait très bien où se situe notre pôle nord psychologique. Vous pouvez perdre la boussole, lui saura vous montrer le cap à suivre, libre à vous ensuite de persister dans l'erreur. Qu'il soulignera à nouveau, peut-être sous une autre forme, peut-être avec le même genre de rêve.

Bref, il y a rêve lorsqu'il y a tension. Que cette tension soit de notre fait ou qu'elle soit causée par des contraintes extérieures ou des épreuves.

Après de
rudes études
nous déclarons
avec certitude
que l’humain
est doué
d’humanitude
aussi vrai
que le brave
fait preuve
de bravitude

Nous imaginons trop aisément, confondant causes et effets, que la norme et la morale nous sont imposées de l'extérieur.
Pourtant la morale telle que nous la connaissons pourrait n'être que la forme établie de codes qui nous sont intérieurs. Il en est de même pour le bon sens qui reste impossible à définir, lui,

car non susceptible d'être écrit tant il s'applique à "tout". Ce qui n'empêche pas que tous nous le reconnaissions spontanément comme tel, et ce, à quoi qu'il s'applique. La norme est abondamment discutée, cependant je crois qu'elle n'est pas le souci des sages qui savent que le bon sens la dominera de toute façon, lui interdisant les excès d'une rigueur du genre
castratrice que d'aucuns (et d'aucunes:) lui prêtent.

Lorsque je parle du rêve je dis que c'est l’équivalent d'un ADN comportemental

 

L'homme est doué de cette capacité de se conduire en être humain, en ce sens on peut dire qu'il est doué d'humanitude. Ce ne sont ni l'éducation, ni la
contrainte qui l'ont essentiellement conformé
ainsi. C'est sa nature, aussi variée soit-elle.
L'éducation si elle joue un rôle l'est à titre de
vernis culturel, tant un sauvage ne se
conduit pas sauvagement.

Cette aptitude innée est nécessairement stable ; incorruptible en temps normal. Lorsque l'intelligence, perdant de vue cette nécessité au profit d'un quelconque aventurisme, nous engage dans une voie tordue - où elle peut croire trouver un profit - ce système entre en jeu en coulisses. Si l'intelligence, que l'on peut ici confondre avec la conscience, est souveraine durant toute notre journée active, elle perd ses prérogatives lorsque nous dormons. C'est alors que . . .A l'image de tout système complexe nous fonctionnons sous le contrôle de régulations multiples : corporelles (homéostasie, système proprioceptif) et mentales (indéfinies mais…). S'agissant des jugements que nous appliquons à nos actes il serait illusoire de croire que cette régulation n'existerait pas et ne s'appliquerait pas à cette souveraineté (relative).

Ce système, qui n'est actuellement pas reconnu, est bel et bien un système de Jugement en Appel pour nos pensées et actes tordus. C'est au rêve qu'est dévolu cette fonction régulatrice, en ce sens le rêve est un régulateur social. C'est un régulateur social en amont, comme un juge peut l'être en aval, car le plus menu de nos actes est susceptible d'avoir une incidence plus lointaine ou sociale. Notons également qu'à l'instar de certains juges le rêve n'a pas de pouvoir exécutif. On pourrait aussi, poussant la comparaison dire que, comme ce juge, le rêve emploie un langage que l'on ne comprend guère: Ce juge est incorruptible, sans quoi il ne serait plus apte à réguler quoi que ce soit ; de même le rêve est incorruptible, c'est pourquoi ces balivernes de rêves contrôlés me laissent froid.

[...] On peut dire, en vertu d'un mot que j'ai spécialement formé, que l'homme est orthonirique. Ortho vient du grec orthos qui veut dire droit, on retrouve ce préfixe dans de nombreux mots. Ainsi à partir d'orthos et de graphien (grec : écrire) on forme orthographe qui signifie écrire droit, écrire juste. Pour le suffixe (o)nirique vous en connaissez l'usage en tant que néo-spécialiste. Le mot orthonirique est donc un néologisme qui résumera ce que vous avez appris au long de ces cent dix pages (de mon livre qui ne sortira, hélas, jamais) à savoir que le rêve trace le droit chemin de l'homme.